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5 - Moi en quelques mots // 2ème partie

5 - Moi en quelques mots // 2ème partie
J'ai fait ma rentrée de 6ème comme les autres, ou presque. Sauf que moi, j'étais la plus petite en taille (et surement en âge aussi ou pas loin) et j'ai été victime de ma petitesse toute la journée (et les quelques qui ont suivies aussi). Je pense que je m'en souviendrai toute ma vie. C'est cette année là que les ennuis ont commencé... Le jour de la rentrée, j'ai été transbahutée de ma petite école de quartier à un immense collège je ne connaissais absolument personne, exceptée une qui venait de mon école et qui, par chance, était dans ma classe de 6ème, mais par malchance, c'était un garçon, et à l'école primaire, il était dans l'autre classe de CM2, ce qui fait qu'on ne se connaissait pratiquement pas. Et oui, parce que quand on entre au collège, on ne joue plus tous ensemble : c'est les filles d'un coté, et surtout ( ! ) on ne parle pas aux personnes du sexe opposé. Ben non, ça ne se fait pas. C'est très con, mais c'était comme ça là où j'étais. Je me suis approchée d'une fille (certainement la plus grande que le collège ait connue pour cet âge là) et je me suis liée d'amitié avec elle (pour mon plus grand malheur, mais ça, je ne le savais pas encore). Au début, ça allait à peu près, mais ça a eu vite fait de se dégrader. Pourquoi ? Parce que je n'avais pas des tas de références de gens dans les classes au dessus, mis à part mon frère (en 4ème à l'époque) parce que, tout simplement, je les connaissais pas, alors que les autres si puisqu'ils avaient partagé leurs cours de récré quand ils étaient tous ensemble en primaire ! Donc bon, on m'a vite fait comprendre qu'on en avait assez de mes références à moi, et comme je ne m'imposais pas à l'époque, j'ai tout simplement commencé à fermer ma gueule. Ca a été le début de 3 ans de silence pour moi, à observer les autres, à rester seule dans mon coin, à trouver les récrés très (trop) longues, à commencer à les détester, tous. J'ai commen à développer une certaine haine envers les jeunes de mon âge et tout ce qui s'est passé à ce moment là (la solitude, l'exclusion, le rejet...), ça a commencé de me faire réfléchir et grandir. Mais à cette époque, c'était encore assez « soft ». En 5ème, les choses s'accélèrent : je me fais totalement rejeter et je perds tout gout pour le travail scolaire. Je n'ai plus envie du tout d'aller au collège, je somatise tout ce que je sais (mais le terme n'a jamais été prononcé), je suis angoissée, je ne fais plus mes devoirs à la maison. Mais pour ne pas me faire coller, je les fais le matin en 1/4 d'heure dans le bus ou je les recopie sur les rares personnes qui acceptent encore de me passer leurs réponses. Pour ne pas me faire prendre par les pions ou les profs, je fais ça dans les toilettes. Au niveau des cours par eux-mêmes, je me fais prendre en grippe par la prof de maths et celle de français, qui ne me loupent pas. Une fois, je me rappelle, je me suis tapée la honte de ma vie et j'en aurais pleuré : la prof de français avait donné pour consigne de recopier la dictée pour ceux qui avaient eu de mauvaises notes, mais pas ceux qui avaient eu plus de 15. J'ai toujours été très bonne en orthographe, donc je faisais partie du deuxième lot. Mais quand il a fallu rendre les copies du contrôle le lendemain, la prof a dit de joindre la dictée corrigée et recopiée. Mais comme moi je n'avais pas eu à la recopier, j'ai pensé qu'il s'agissait d'autre chose. La prof m'a accusée à tort devant toute la classe et le conseiller d'éducation de ne pas avoir fait le travail demandé et de simuler. Mais, pareil, ce jour-là, je me suis tue. J'ai baissé la tête, je me suis récoltée un mot sur le carnet de liaison, je me suis prise une honte d'enfer parce que certains dans la classe ont dit que je manquais la classe exprès quand il y avait des contrôles pour ne pas les faire, alors que mes absences répétées n'étaient absolument pas dues à cela, mais à mes somatisations qui, en fait, auraient pu leur être imputées (au vu de leur comportement tellement « gentil » avec moi...). Tout ça pour dire qu'à cette époque, si j'avais eu la présence d'esprit de mettre fin à mes jours, vous ne seriez surement pas en train de me lire à l'heure où je vous parle. Non. A cette époque, certes je pensais déjà à la fuite de cet univers qui me détruisait, mais je pensais plutôt aux fugues. Je me les suis inventées 1 000 fois dans ma tête, mais je ne suis jamais passée à l'acte. Peut-être parce que j'aimais les sorties d'école, ces moments où je me retrouvais avec mon frère et ses amis à attendre le bus en bas du Parc, à balancer des marrons sur le milieu de la route pour que les voitures les écrasent (oui, vous pouvez le dire, on était des gamins très cons à l'époque), à me sentir « importante » aux yeux de quelqu'un, ou plutôt devrais-je dire, à « exister » au sein d'un groupe, me sentir vivante.

# Posté le jeudi 20 novembre 2008 14:48

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